REPUBLIQUE DE DJIBOUTI

PÔLE UNIVERSITAIRE DE DJIBOUTI

Établissement d'Enseignement Supérieur

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INSTITUT SUPERIEUR DES AFFAIRES DE DJIBOUTI

Collection "Études de métiers"

GARDIENNAGE

- SOMMAIRE -

I. DEFINITION DE LA PROFESSION ................................................

A) Activités

B) Aptitudes

II. LE MARCHE ..................................................................................

A) La demande

1. Tendances de la consommation

2. Typologie de la clientèle

B) L'offre

1. Les entreprises professionnelles

2. Le gardiennage domestique

III. LES MOYENS DE PRODUCTION ................................................

A) Les ressources humaines

B) Les locaux

C) Les équipements

IV. EXPLOITATION ...........................................................................

A) Chiffre d'affaires

B) Charges

C) Rentabilité

V. REGLEMENTATION .....................................................................

A) Normes professionnelles

B) Fiscalité

VI. LE MILIEU PROFESSIONNEL .....................................................

A) Formation

B) Salon

C) Bibliographie

CONCLUSION ..................................................................................

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I. DEFINITION DE LA PROFESSION

A) Activités

- L'entreprise de prévention et de sécurité a pour mission d'assurer la protection et la sécurité de marchandises, de locaux, d'équipements techniques et éventuellement de personnes.

- Elle a un rôle de prévention qui consiste à dissuader (décourager) les actes de malveillance : vols, dégradations, intrusions, attentats, etc. Pour cela, elle surveille un lieu soit en se tenant à un poste fixe, soit en effectuant des rondes dans les locaux.

- Elle connaît l'emplacement des installations à surveiller et vérifie le bon fonctionnement des moyens de prévention mis en place (dispositif d'alerte par exemple).

- Elle intervient également en cas d'inondation ou d'incendie. Elle empêche l'accès aux lieux et doit pouvoir donner les premiers secours aux personnes blessées.

- En cas de problème (vol, effraction, incendie, etc.) elle applique les consignes reçues et fait appel aux services compétents (police, gendarmerie, pompiers).

B) Aptitudes

- Connaître les problèmes de sécurité, savoir animer une équipe. La profession de surveillance est souvent occupée par des personnes qui possèdent de bons réflexes, un permis de conduire et une formation de terrain.

- Un certain degré d'instruction est nécessaire pour tenir une main courante (cahier) sur laquelle il faut noter ses observations. Il faut être capable de rédiger un compte-rendu après chaque problème survenu.

- L'agent de prévention et de sécurité est amené à travailler la nuit, et parfois le week-end et les jours fériés. Il exerce son travail à l'intérieur (parking, entreprise, etc.) et à l'extérieur (banque, immeuble, etc.), seul ou en équipe. Il doit porter une tenue de travail sauf dans le cadre de la protection de personnes ou de la surveillance contre le vol à l'étalage de locaux commerciaux.

- Il doit pouvoir réagir à des situations dangereuses, ce qui suppose d'être entraîné physiquement aux techniques de défense, mais aussi d'avoir un bon équilibre nerveux, bref, d'être professionnel.

II. LE MARCHE

  1. La demande

1. Tendances de la consommation

a) Montée de l'insécurité :

A Djibouti comme ailleurs, les phénomènes d'urbanisation et d'immigration mal contrôlés, le sous-emploi et autres problèmes économiques et sociaux entraînent une insécurité croissante, perçue tant par les particuliers que par toutes les formes d'organisation (entreprises, administrations, représentations étrangères...).

b) Externalisation :

Une autre tendance est le fait que de plus en plus les entreprises délèguent (externalisent) ce type de service au lieu de le gérer en interne. En effet, faire appel à une société de gardiennage n'entraîne pas un surcoût, car il permet d'économiser le temps et l'argent nécessaires pour gérer cette activité et son personnel. Bref, le calcul économique est en faveur de la sous-traitance du gardiennage.

c) Réforme de l'armée française :

D'une part, l'armée française passe d'un armée de conscription à une armée de métier, d'autre part, à Djibouti la réduction des effectifs est en cours, autant de facteurs qui inciteront les FFDJ à davantage sous-traiter le gardiennage de leurs installations.

d) Privatisation :

Enfin, le mouvement de privatisation d'entreprises publiques et la tendance à une gestion plus autonome des établissements publics ouvrent aussi de nouvelles perspectives pour les prestataires de ce type de service.

2. Typologie de la clientèle

On peut ainsi proposer cette segmentation de la demande de gardiennage, selon le type de risque à couvrir 

B) L'offre

La dualité secteur formel / secteur informel se rencontre aussi dans ce secteur où il faut distinguer les véritables entreprises des pratiques moins organisées et plus ou moins déclarées.

1. Les entreprises professionnelles

a) Recensement

Les entreprises de sécurité ont été souvent créées dans le prolongement d'une autre activité : nettoyage, jardinage, autant de services que les entreprises ont aujourd'hui tendance à externaliser.

Du point de vue juridique, il s'agit d'entreprises individuelles sauf l’Agence de Gardiennage et de Sécurité qui est une société à responsabilité limitée.

Voici la liste des entreprises professionnelles de gardiennage :

DENOMINATION

ADRESSE

TEL.

ACTIVITES CONNEXES

A.G.S

BP 225

Place 27 juin

35 24 35

Agence immobilière

Entretien et Sécurité

Héron

35 65 78

Jardinage

Djib Clean

BP 789

Avenue Bonhoure

35 07 78

Nettoyage

Jardinage

Awad

Coopérant

(Gabode)

35 87 18

Nettoyage

Jardinage

Bâtiment

Djib Security

en création

 

Sentinelle

en création

 

L'entreprise Awad est la première entreprise de gardiennage créée à Djibouti, c'est un micro-groupe comprenant de multiples activités. AGS est l'entreprise la plus récente, elle est venue plus directement à l'activité de gardiennage et s'est lancée avec force publicité. Elle propose également un service de protection rapprochée.

Il faudrait ajouter à ces entreprises la société Vigi Company Dirieh (Tél. 35.67.91), récemment créée et qui s'est spécialisée dans les alarmes électroniques et la télésurveillance. Plutôt que des matériels à vendre, elle propose des abonnements et assure la maintenance des installations qu'elle met en place.

b) Les contrats

Le tableau page suivante présente les principaux marchés passés par ces entreprises. En observant la répartition des contrats, on constate que certaines entreprises n'ont qu'un seul gros client qui représente l'essentiel de leur chiffre d'affaires.

ENTREPRISE

CONTRATS

A.G.S

- Stade Gouled Aptidon

- DA 188 (armée française)

- Union Européenne

Entretien et Sécurité

- Ambassade des Etats-Unis

- Dépôt des matériels de l’Ambassade des Etats-Unis

Djib Clean

- Hôpital Peltier

- ONED

- EDD

- PAID (port)

- CDE (chemin de fer)

- BCIMR

- Total

Awad

- Hôpital Bouffard (armée française)

- DA 188

Djib security

- Savon et Riès

- Inshcape Shipping

- Aéroport

c) Les prix

Les tarifs suivants sont les prix affichés à l'usage de la clientèle "européenne". Ils sont largement diminués s'agissant d'une clientèle djiboutienne (par exemple 35 000 DJF pour la société AGS au lieu de 60 000DJF).

Entreprise

 Prix mensuel facturé             d'un agent de sécurité

A.G.S

60 000

Entretien et Sécurité

75 000

Djib Clean

45 000

Awad

60 000

2. Le gardiennage "domestique"

Sur le marché des particuliers, la situation est plus confuse. Le gardiennage est le type même de l'emploi non qualifié, où il n'est pas nécessaire de parler français. Face au chômage actuel de nombreux Djiboutiens et d'étrangers, toute place de gardien est ainsi très convoitée.

Des réseaux se forment, s'organisent, constituant parfois de véritables entreprises. La différence avec les entreprises formelles décrites plus haut est que ces entreprises sont plutôt des prestataires de main-d'œuvre et c'est le travailleur embauché qui paie une commission (unique ou régulière) à l'entreprise, et non le client qui devient l'employeur.

Sans prétendre être exhaustif, on peut ainsi distinguer les formes d'entreprise suivantes :

a) Les "agriculteurs"

Ce sont des quasi-entreprises formées par des agriculteurs d’Ambouli et leurs salariés, et qui fournissent des gardiens à des particuliers ou des commerçants.

Chaque entreprise a son réseau d'information et des personnes chargées de la prospection. Dans ce système "ethnique", les Ethiopiens ont tendance à prendre le dessus sur les Djiboutiens et les Yéménites par la présence sur tous les marchés de leurs compatriotes et en proposant des gardiens à prix plus bas.

Dans l’oued d’Ambouli on compte deux entreprises djiboutiennes et cinq entreprises éthiopiennes. La concurrence est très vive dans ce secteur et les bagarres ne sont pas rares pour obtenir un emploi.

Effectuant en plus les travaux de jardinage, ces gardiens n’ont pas d'horaire de travail précis et gagnent un salaire de 8 000 à 10 000 DJF par mois.

b) L'Escale

Ces gardiens sont chargés de la surveillance des véhicules et des bateaux amarrés à l'Escale, ils sont également occupés à des travaux d'entretien et de nettoyage des bateaux.

Il existe trois entreprises qui proposent ainsi des gardiens aux propriétaires de bateaux, avec des salaires mensuels variés allant de 13 000 à 25 000 DJF. Le gardien reverse ensuite une partie de sa rémunération à l'entreprise

c) Les propriétaires immobiliers

Une autre forme d'intermédiation est le cas de certains propriétaires d'appartements ou villas qui fournissent des gardiens à leurs locataires. Le coût du gardien est inclus dans le loyer, comme une charge annexe. Ce système est très développé dans certains quartiers : Plateau du Serpent, Héron, Gabode 4, Aéroport..., avec une clientèle principalement étrangère et notamment les familles de militaires français.

d) Les gardiens collectifs

Les commerçants de la rue des mouches se sont associés pour embaucher deux gardiens de nuit pour la protection de leurs magasins, moyennant une cotisation de 3 000 DJF par mois.

Dans le même ordre d'idée, on peut observer dans tous les quartiers des associations informelles pour faire garder les voitures contre les petits vols et destructions (autoradios, roues, ...) ; la cotisation est de 2 000 à 3 000 DJF par mois et les gardiens souvent éthiopiens

III. LES MOYENS DE PRODUCTION

A) Les ressources humaines

Outre le secrétariat et la comptabilité, le personnel de ces entreprises est exclusivement masculin.

1. Organisation : Voici les différentes fonctions opérationnelles que l'on trouve dans les entreprises de gardiennage :

ENTREPRISE

CONTROLEUR

CHEF DE GROUPE

AGENT

A.G.S

2

3

24

Entretien sécurité

4

4

24

Djib Clean

3

7

43

Awad

2

6

36

On constate une organisation et un taux d'encadrement relativement similaires pour les quatre entreprises. Le travail est effectué par équipe et par roulement.

A l'AGS, les agents ont 8 heures de travail et ne travaillent que la nuit. Par contre dans les autres entreprises, les agents effectuent des horaires de travail plus importants car la journée est complète (cependant les agents ont des horaires de permanence pour se reposer).

A la fin de chaque séance, le chef de groupe remet au contrôleur un rapport faisant le bilan du travail, document qui est ensuite visé par le gérant de l’entreprise.

2. Rémunération : Les entreprises de gardiennage ont des personnels peu qualifiés et les salaires sont peu élevés, malgré quelques majorations sous forme de primes.

Qualification

Salaire mensuel

Contrôleur

45 à 55 000 DJF

Chef de groupe

35 à 50 000 DJF

Agent

25 à 30 000 DJF

C'est Entretien et Sécurité qui offre les salaires les plus élevés et l'entreprise Djib Clean les moins élevés

3. Recrutement : Une condition d'embauche est toujours obligatoire : posséder un casier judiciaire vierge (ne pas avoir été condamné). De plus, Agence de Gardiennage et de Sécurité et Entretien et Sécurité exigent que leurs agents aient un niveau d'enseignement secondaire. Une autre condition est d'être de nationalité djiboutienne ou d'être en règle avec les services de l'immigration pour pouvoir être déclaré normalement à l'Organisme de protection sociale (OPS).

B) Les locaux

Les entreprises Entretien et Sécurité de l’Ambassade des Etats-Unis et Awad n'ont pas de local commercial et utilisent le domicile du patron. Seul l’Agence de Gardiennage et de Sécurité a véritablement aménagé un espace pour les personnels (pour se changer).

Par ailleurs, les clients importants comme les FFDJ et l’Ambassade des Etats-Unis fournissent des locaux aux chefs de groupe.

Quant aux gardiens "domestiques", beaucoup vivent à demeure, parfois avec leur famille, dans un local de type précaire (toukoul, cabane...).

C) Les équipements

L'entreprise de gardiennage ne nécessite pas d'équipement particulier :

- appareils émetteur-récepteur radio-électriques (100 000 DJF l'unité environ),

- trousses de premier secours,

- un véhicule ou des scooters

- des uniformes et des chaussures

Une centrale pour communiquer avec les agents de sécurité coûte environ entre 400 et 600 000 DJF, mais les entreprises de la place, de création récente, n'ont pas encore acquis ce type de matériel professionnel.

Le gardien "domestique" n'a pas d’équipement particulier (bâton, couteau).

IV. EXPLOITATION

A) Chiffre d'affaires

La régularité du chiffre d'affaires est assurée par les gros contrats, les variations saisonnières étant par ailleurs négligeables dans ce secteur. Les entreprises professionnelles, qui sont de taille similaire, réalisent un chiffre d'affaires mensuel de l'ordre de cinq millions DJF.

B) Charges

Pour cette activité de service, les charges comprennent principalement les charges de personnel (de l'ordre de 85 % du total des charges).

Les frais de logistique sont donc relativement réduits :

- encadrement, planning, permanence, comptabilité,

- amortissements (équipements des agents, poste central),

- frais liés aux véhicules de liaison,

- autre frais généraux : assurances, loyer, publicité, téléphone...

C) Rentabilité

Le coefficient de marge brute moyen (CA/ coût du personnel) se situe autour de 1,3, ce qui, compte tenu de la structure des charges, laisse une marge nette supérieure à 10 % du chiffre d'affaires. Ceci constitue une bonne rentabilité en regard des investissements de départ nécessaires.

V. REGLEMENTATION

A) Normes professionnelles

Il n'existe pas de réglementation spécifique pour cette profession relativement nouvelle à Djibouti. Les sociétés de gardiennage s'inscrivent cependant dans ce qu'on pourrait appeler des normes internationales, en matière de recrutement (casier judiciaire vierge), d'organisation, de formation, de présentation (uniforme, carte professionnelle)

D'une façon générale un agent de sécurité privé ne peut pas :

Notons que pour signer des contrats avec un établissement public, une ambassade ou les FFDJ, il faut être parfaitement en règle au regard du code de commerce et de la législation du travail.

B) Fiscalité

Pour l'administration fiscale, les entreprises de gardiennage sont classées dans les prestataires de main d'œuvre, soumis à une patente de classe 7 et taxés à 1 % de leur chiffre d'affaires.

VI. LE MILIEU PROFESSIONNEL

A) Formation

- En général l'entreprise doit assurer au personnel une formation de base initiale

Par exemple, AGS qui est la dernière entreprise créée a organisé une formation de ses agents par la Force nationale de Police (FNP), à base de cours théoriques sur les techniques de sécurité, de secourisme et d'entraînement pratique.

- Par ailleurs, il existe de nombreux stages pour devenir agent de prévention et de sécurité (et même un CAP), agent de surveillance et d'intervention, opérateur en télésurveillance avec le CNPP (centre de prévention et de protection), 5 rue Daunou 75002 Paris, tél.01 44 50 57 60.

B) Salons

"Expoprotection", chaque année en septembre, au Parc des expositions du Bourget (France), tél. 01 47 56 50 00.

C) Bibliographie

- Centre de documentation du CNPP : ouvrages, guide de la sécurité des entreprises et des collectivités, traité pratique de sécurité, vidéos...

- DEFIS, créer une entreprise de gardiennage et de sécurité, tél. 01 44 10 54 30

- Revues : "En toute sécurité", "Face au risque" (revue du CNPP), "Alarmes-protection-sécurité".

CONCLUSION

On observe une augmentation des risques et une propension plus forte à se protéger, encouragée par les compagnies d'assurance. Toutes les entreprises de gardiennage sont de création récente et l'on peut penser qu'il existe encore de la place pour de nouveaux opérateurs, selon les tendances du marché décrites plus haut.

Apporter la confiance et la sécurité suppose d'abord un personnel fiable et bien formé, mais aussi une organisation sans faille, notamment en matière de gestion des plannings : rondes, permanences, contrôles...

C'est le créneau d'avenir. La télésurveillance et/ou l'achat d'équipements de sécurité électronique (alarmes) tend à se substituer à la surveillance et à la compléter. Ce service et ces nouveaux produits de sécurité peuvent intéresser également une large cible de particuliers et de commerces. Cette activité suppose bien sûr des électriciens qualifiés pour l'installation de ces systèmes (fonctionnant à pile pour éviter les coupures de courant).

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Cette étude é a été réalisée avec la collaboration de Meiraneh Sougueh et le financement du Service de coopération et d’action culturelle de l’Ambassade de France